Nous avons rencontré
M. Martial Quenach de Quivillic,

Ancien maire de l'île

A quelle époque étiez-vous maire ?
    Les élections pour la mairie ont eu lieu le 12 et le 19 mars 1989. Je suis resté maire jusqu’au 18 juin 1995, donc pendant six ans et trois mois. J’ai fait une mandature. Elle dure six ans.

Combien de fois avez-vous été élu ?
    J’ai été élu une fois parce que je ne me suis présenté qu’une fois.

Est-ce que vous étiez dans un parti politique ?
    Non, je n’étais pas exactement dans un parti politique mais j’avais été précédemment dans un parti politique qui s’appelait le Parti Socialiste. Quand j’ai été élu maire, je n’y étais plus mais j’étais, disons, de gauche. J’avais prévenu les électeurs que j’étais de sensibilité de gauche.

Étiez-vous présent aux dernières élections municipales ?
    Non, je ne me suis pas présenté. D’abord parce que le maire qui était là me convenait très bien et ensuite parce que j’étais beaucoup trop vieux. Mais j’ai voté et, toutes les fois que je peux voter, je vote. Je n’ai encore jamais raté une élection.

Avez-vous eu envie de vous présenter dans d’autres domaines comme député, sénateur, conseiller général, conseiller régional, président de la République ?
    Oui. J’aurais été tenté. Mais finalement pour au moins deux raisons, je n’ai pas essayé de me présenter : d’abord je trouvais que j’étais trop vieux pour me lancer. J’aurais aimé être conseiller général par exemple, député aussi cela m’aurait plu. Ensuite, pour se présenter à une élection, il faut avoir une chance d’être élu. Or quand on habite un petit village comme l’île de Batz, isolé, on peut espérer être élu par les gens du village, mais les autres ne vous connaissent pas. C’est difficile de faire des réunions. Donc ce n’était pas très commode, habitant l’île de Batz, de se présenter à un autre mandat que celui de maire. Mais cela m’aurait tenté. J’aimais beaucoup et j’aime toujours beaucoup la politique.

Avez-vous eu un autre métier que maire ?
    J’ai eu deux autres métiers. J’ai été pendant vingt-cinq ans militaire. J’étais officier dans « les transmissions ». Ensuite, j’ai fait tout-à-fait autre chose. J’ai écrit des livres, des livres techniques, des livres sur les moteurs, sur des avions, sur des bateaux, des sous-marins, etc. Il s’agissait de livres qui parlaient du fonctionnement de gros engins. J’ai fait des livres sur le Concorde par exemple, sur les sous-marins nucléaires, sur des frégates. Le plus gros que j’ai écrit faisait 550 pages. Il parlait de la stabilisation automatique de l’immersion dans les sous-marins atomiques. J’ai fait ça pendant quinze ans.

Être maire, est-ce un métier ?
    Non ce n’est pas un métier. On se met à la disposition des habitants, bénévolement. Il y a quand une petite indemnité pour compenser les frais que l’on peut avoir. Quand j’ai été élu maire, on me donnait 1 785 F par mois. Ce n’était pas beaucoup. On ne peut pas vivre avec cela. Depuis, cela s’est amélioré un peu.

Peut-on être maire en faisant simultanément un autre métier ?
    On peut. Théoriquement, on a le droit. Par exemple, l’actuel maire, Guy Cabioch, a été, pendant un moment, patron-pêcheur et maire. Mais c’est extrêmement difficile parce que cela prend beaucoup de temps d’être maire. Il faut être très solide physiquement et moralement.

Était-ce difficile d’être maire à votre époque ?
    C’était assez difficile. Au début je ne m’en suis pas rendu compte. Je me suis lancé là-dedans et je n’y connaissais rien. Je n’avais jamais été conseiller municipal. Donc je ne savais pas comment cela se passait. On est venu me chercher, alors j’y suis allé. Mais je n’avais pas l’impression que ça serait aussi difficile que ça. C’est difficile en effet parce qu’il y a beaucoup de choses à concilier. Il faut essayer d’arranger tout le monde, de mettre les gens d’accord. Il faut essayer de faire avancer la commune. Ce n’est pas si commode que cela.

Qu’avez-vous trouvé le plus difficile ? Est-ce les dossiers ou le fait de faire vivre une communauté ?
    Le plus difficile, c’est de faire en sorte que les gens s’entendent. Quand j’ai été élu maire, il y avait deux catégories bien distinctes : il y avait les paysans et il y avait les marins. Ils ne s’entendaient pas bien. Je m’étais fixé un but : faire en sorte qu’ils s’acceptent à la fin de mon mandat. On avait fait notre liste électorale en fonction de cela. On avait quatre agriculteurs, quatre marins, quatre commerçants, un ou deux divers et le maire pour faire quinze. Finalement je crois qu’on n’a pas trop mal réussi.

Aimiez-vous être maire à cette époque ?
   Oui, cela me plaisait beaucoup mais j’ai quand même un regret. Et je pense que c’est pour cela que je ne me suis pas représenté pour un deuxième mandat. Mon regret, c’est que je ne voyais plus mes petits enfants.

Combien cela vous prenait-il de temps par semaine ?
   Cela me prenait au moins huit heures par jour, tous les jours et même parfois le dimanche. Quand il y avait des réunions sur le continent, certains soirs, on ne pouvait pas rentrer sur l’île.

Quel âge aviez-vous quand vous avez été élu ?
   J’avais 59 ans et demi.

Votre tâche était-elle différente de celle du maire aujourd’hui ?
   Non, ce n’est pas très différent. La particularité d’être maire sur l’île de Batz, c’est qu’on est le maire d’un groupe qui est isolé. Cela dure encore. Il faut tout faire. Il n’y a pas de police, il n’y a pas de garde champêtre, il n’y a pas de gendarme. Heureusement, il y a une école. Mais pour tout problème de sécurité, il faut se débrouiller tout seul. Quand il y avait un problème au camping, à dix heures du soir, les gens me téléphonaient pour aller le régler. Alors, je prenais mon vélo et je partais. Quand j’arrivais, les gens qui faisaient le cirque s’étaient en général rangés, ou ils étaient partis. C’est encore comme ça aujourd’hui.

Pourquoi avez-vous choisi d’être maire ?
   Je n’ai pas du tout choisi. J’étais en retraite depuis trois ans et je me préparais à partir en vacances. Quelqu’un est venu me le demander tout timidement. Moi je n’avais pas du tout envie de faire ça. Et puis il est revenu. Et j’ai fini par accepter. On a eu quatorze conseillers sur quinze élus au premier tour.

Une femme peut-elle devenir maire ?
   C’est une très bonne question. Bien sûr qu’une femme peut devenir maire et j’aimerais bien qu’il y ait plus de femmes maires que maintenant. Les femmes ont un gros avantage sur les hommes, elles sont intuitives. Elles sentent les choses. En général, elles ne se trompent pas et elles ont toujours de très bons résultats.

Aviez-vous beaucoup de conseillères municipales ?
   J’ai eu bien du mal à trouver deux conseillères municipales. Ce n’est pas facile. Maintenant, il y en a plus.

La mairie était-elle au même emplacement ?
   Oui, tout à fait. Précédemment, la mairie se trouvait à l’endroit de l’ancienne poste. Là où la mairie se trouve aujourd’hui, il y avait une école, une école publique de filles.

Qui travaillait avec vous ?
   Il y avait beaucoup moins de gens que maintenant. J’avais un secrétaire de mairie et trois employés municipaux. Quand le secrétaire partait en vacances, je faisais le secrétariat avec un adjoint. Le gros travail était de préparer les dossiers et de récupérer les financements. On avait des idées, mais pour les réaliser, il fallait trouver de l’argent. Et pour trouver de l’argent, il fallait courir.
    Il n’y avait pas de salle pour se réunir sur l’île de Batz. Il n’y avait pas non plus de bibliothèque. Notre plus gros projet a été de créer une maison polyvalente où tout le monde pourrait venir, les jeunes comme les anciens. On a donc réalisé Ker Anna. Avec Jeanne Plassart et Simone Geoffroy, on a créé la bibliothèque. Le club du troisième âge s’occupait déjà d’un embryon de bibliothèque là où se trouve le restaurant « Les couleurs du temps » aujourd’hui. Ça a démarré difficilement. On a fait une collecte générale sur l’île de Batz. On a mis des tracts dans les boîtes aux lettres.

Avez-vous habité autre part que sur l’île ?
   Oui. J’ai fait dix-sept déménagements en tout. J’ai été militaire et les militaires bougent beaucoup. Je suis aussi allé à l’étranger, en Allemagne, en Indochine, où je suis resté trois ans et en Algérie où je suis resté deux ans.

Quel est votre plus mauvais souvenir en tant que maire ?
   J’en ai au moins trois mais celui qui m’a donné le plus de difficultés ça a été d’aller prévenir une dame que son mari était mort. Cette dame, vous la connaissez peut-être, c’est Ebbe Bierbaum. C’est une Allemande qui est peintre et qui habite sur la route de Sainte-Anne. C’est elle qui a dessiné la fresque de l’école. C’était le 15 août. Ebbe faisait une exposition de peintures. On me prévient au téléphone qu’on vient de découvrir que son mari a fait une crise cardiaque dans l’eau. Je vais donc prévenir Ebbe. Ça, c’est le plus difficile pour un maire, d’annoncer une mauvaise nouvelle à quelqu’un. Elle était sur le pas de la porte de Ker Anna. Quand elle me voit, elle me fait un grand sourire et me dit : « Ah Martial tu viens visiter mon exposition ! » Je ne sais plus comment je me suis débrouillé, très mal sans doute, mais je lui ai annoncé qu’on venait de découvrir son mari noyé. Ça, c’est le plus mauvais souvenir. Mais j’ai encore deux souvenirs du même genre, deux suicides. Un jeune qui avait 21 à 22 ans qui s’est suicidé à coup de revolver dans le cœur en laissant un courrier tâché de sang. C’était horrible. Et puis un vieux qui s’est suicidé un jour, après la toussaint.

Quel est le meilleur ?
   Je crois que le meilleur, c’est quand on a réalisé le terrain de foot. On avait réuni soixante-dix jeunes après les élections. Ils demandaient un terrain de foot. Alors, en un week-end, toute la population de l’île s’y est mise. On a fait ça en un week-end. J’étais fier de mes îliens. Sentimentalement, c’est mon meilleur souvenir. J’en ai aussi deux autres : l’inauguration de la salle polyvalente car c’était notre principal projet. Quand on a été labellisé, on a été retenu au niveau national pour les produits agricoles biologiques de l’île de Batz. On a eu un label de qualité en même temps que d’autres comme le sel de Guérande. Le label existe toujours mais on ne s’en sert plus. Je suis aussi content d’avoir créé la salle informatique. Je voulais que les enfants de l’île puisse pratiquer l’informatique avant les autres.

        Orlane (CM2), Agathe (CM1), Lénaïg (CE1) et Maëlle (CP)


Les maires en France

    Jusqu’au 11e siècle, il n’y a pas de maires en France. Les villes et les villages dépendent des seigneurs. Au Moyen-Âge, les bourgeois, c’est-à-dire les artisans et les marchands vivant dans les bourgs, se révoltent. Ils obtiennent des droits. Les bourgeois les plus riches peuvent diriger les villes. Le roi nomme le maire parmi eux. En 1789, le système change : le maire est choisi parmi les conseillers municipaux élus.
    Mais Napoléon change à nouveau ce système : le maire est nommé par les préfets dans les petites villes et par le chef de l’état dans les grandes. C’est seulement au 19e siècle que le maire devient le véritable représentant de sa commune. En 1831, le gouvernement décide que les conseillers municipaux seront à nouveau élus.
    En 1848, le suffrage universel donne le droit de vote à tous les citoyens, mais pas encore aux citoyennes (qui devront attendre encore cent ans avant de pouvoir voter). En 1884, la loi prévoit l’élection du maire par les conseillers municipaux.

Et à l’Isle de Bas (nom de l’île à l’époque)

    Les premières élections ont lieu le 14 février 1790. Julien Even devient « citoyen-maire ». Jean Even a remplacé Julien Even le 3 mars 1795. De 1800 à 1815 (Consulat et Empire), le maire n’est pas élu par les conseillers municipaux mais nommé par le préfet du Finistère.
    Le 29 thermidor an VII, Philippe Robin est maire.
    En 1828, le maire est Louis Milin.
    En 1829, ce sera Nicolas Trémintin.
    De 1858 à 1866, le maire sera Paul Philippe. De 1866 à 1874, ce sera Jean Hulot, de 1874 à 1888, ce sera Jacques Trémintin, de 1888 à 1892, ce sera Gabriel-Jean Milin. Yves Floch lui succèdera de 1892 à 1896. En 1896, ce sera Michel Diraison. Beaucoup de ces maires seront capitaines au long cour.
    Ensuite viendront : de 1897 à 1912, Joseph Le Borgne ; de 1912 à 1932, Jean Chapalain ; de 1932 à 1943, Joseph Le Saoût ; de 1943 à 1947, Louis Quémeneur ; de 1947 à 1965, Pierre Morvan ; de 1965 à 1977, Louis Herry ; de 1977 à 1989, Marcel L’Hostis ; de 1989 à 1995, Martial Quenach ; et depuis 1995, Guy Cabioch.

        Léa et Émilie (CM1)

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