Les Algues :
Pour y voir un peu plus clair

Sommaire :
   · les algues : depuis quand ?
   · les algues aujourd'hui…
   · les lieux de récolte, les outils, les méthodes…
   · un peu d'histoire
   · les bateaux goémoniers

   De nombreux champs d'algues existent sur la côte du Nord-Finistère (plus de 600 espèces ont été dénombrées). Les fonds rocheux très peu immergés et de forts courants venant de l'océan atlantique sont deux facteurs qui favorisent le bon développement des algues.
   Scientifiquement, on classe les algues par couleur. Il en existe trois :

les algues brunes :
Nous avons là deux grandes familles :
· les fucacées qu'on appelle ici le goémon noir (fucus spiralis, Fucus vesiculosus, Fucus serratus et Ascophyllum nodosum). Ils ont la longueur du bras au plus.
· les laminaires (Laminaria digitata, Laminaria hyperborea, Laminaria saccharrina) qu’on appelle aussi tali en breton. Elles peuvent mesurer 2 à 3 mètres de long.

les algues rouges :
· Chondrus crispus et Gigartina stellata sont aussi appelées ici lichen ou pioka en breton.

les algues vertes :
· l'Ulva lactuca ou laitue de mer. Elle est surtout abondante en été et c'est elle qui recouvre complètement les plages et qu'on est obligé de ramasser. C'est ce qu'on appelle les « marées vertes » (près de 60 000 tonnes par an en Bretagne ). Il y a aussi le codium et l'entéromorphe (parfois nommé « cheveux de mer »).

Répartition des algues...

I- Les algues : depuis quand ?
   Les algues sont utilisées depuis longtemps dans le Finistère Nord. Elles ont servi de combustible de la préhistoire jusqu'au début du 20ème siècle. Elles ont aussi été utilisées comme aliments pour bétail. On l'appelait bezhin saout en breton (goémon à vache). Leur richesse en potassium a fait qu'elles sont aussi utilisées comme « engrais naturel ». La côte du Léon (côte du Nord Finistère) lui doit le surnom de ceinture dorée.
   L'utilisation de l'algue en industrie date du milieu du 18ème siècle. C'est à cette époque que l'on découvre, en Normandie, que les cendres du goémon sont riches en « carbonate de soude » . En 1811, un chimiste nommé Courtois parvient à isoler dans les cendres d'algues une substance nouvelle, l'iode, qui deviendra un antiseptique. Un peu plus tard, en 1829, un jeune ingénieur chimiste, François-Benoît Tissier s'installe au Conquet et développe l'industrie de l'extraction de l'iode à partir des laminaires. D'autres usines vont voir le jour en Bretagne. Elles seront très actives jusqu'aux années 1930. A partir de ce moment, on importera de l'iode du Chili à des prix beaucoup plus bas, si bien qu'au début des années 1950, pratiquement toutes les usines bretonnes auront disparu. 

II- Les algues aujourd'hui...
De nos jours, les algues sont récoltées afin de produire trois types de « colloïdes » (ce sont des gélifiants) :
· les alginates qui proviennent des algues brunes et, en particulier des laminaires (tali) ;
· les agars, qui proviennent toutes deux des algues rouges (pioka).
   On utilise ces gélifiants dans l'industrie agroalimentaire (crèmes glacées, aliments pour animaux) sous les codes allant de E 401 à E 411. Les alginates sont aussi utilisés en médecine (comprimés, pansements gastriques, empreintes dentaires…) et dans l’industrie (papier, traitement des eaux, industrie textile…). D'autres types d'algue sont utilisés en cosmétologie et en thalassothérapie (crèmes, masques, produits diététiques…).

III- Les lieux de récolte, les outils, les méthodes…
   Les goémoniers récoltent le goémon dans des « champs d'algues » et le classent selon la profondeur où il pousse.
   Au large se trouve le goémon de fond constitué des laminaires (tali) et qui est réservé aux goémoniers professionnels. Cette récolte dépend de la marée : le goémonier part avec la marée descendante, récolte à marée basse et revient au port avec la marée montante. La saison de pêche a lieu de mai à octobre.
   Plus près des côtes se trouve le goémon de rive qui est récolté à marée basse. Parmi le goémon de rive, on trouve le goémon noir ou « bezhin du » (en breton) – appelé ainsi car il noircit quand il sèche – et le pioka. La récolte du goémon noir est ouverte à tous et toute l'année alors que la récolte du pioka n'est autorisée que du 15 mai au 15 octobre. Il n'est accessible qu’à marée très basse avec des coefficients de 90 ou plus.
   Le goémon-épave est le goémon rejeté sur la grève après les tempêtes en hiver et au mois d'avril, moment où les champs de laminaires se renouvellent. Sa récolte est ouverte à tous.

IV- Un peu d'histoire
   La récolte du goémon de fond nécessite l'utilisation d'un bateau avec une grande cale. Au 19ème siècle et jusqu'à la moitié du 20ème, on coupait les laminaires avec une guillotine (appelée falz hir en breton). C'était une sorte de faucille avec un long manche. Le goémonier la remontait à bord du bateau à la force du bras. Dans les années 1960 apparaît le scoubidou à bras. La manivelle placée au bout du scoubidou permettait de décupler la force produite par le goémonier lorsqu'il la tournait. C'est au début des années 1970 qu'on voit le premier scoubidou hydraulique. C'est une sorte de bras articulé placé sur le pont du bateau et terminé par un crochet qu'un moteur fait tourner. Cette dernière invention a permis d'augmenter énormément la récolte.
   Le goémon de rive se récoltait et se récolte toujours avec une faucille (falz en breton) à marée descendante. Le goémonier prend une touffe d'algues avec une main et la coupe avec la faucille.
   Le goémon-épave était récolté à marée descendante avec un râteau en bois au long manche (rastell aod). Les goémoniers rentraient dans l'eau et lançaient leur râteau devant eux dans les vagues. Ils ramenaient ainsi des paquets d'algues qu'ils rassemblaient en faisant des petits tas.  

V- Les bateaux goémoniers
   Les bateaux goémoniers traditionnels : pour les plus gros (6,50 m de long), on utilisait la voile alors que pour les plus petits (4 à 5,50 m de long), on utilisait l'aviron. La motorisation et le scoubidou hydraulique mais aussi l’autorisation de vente du goémon non séché ont permis de ramener des tonnages de plus en plus importants. Les bateaux actuels mesurent maintenant de 10 à 12 m et peuvent ramener de 15 à 40 tonnes de laminaires.
   Certains bateaux sont également équipés pour pouvoir pêcher la coquille Saint-Jacques en hiver. Quelques-uns pêchent aussi la « laminaria hyperborea » en plus de la coquille. Mais là, la technique est différente. La récolte s'effectue à l'aide d'une sorte de herse qui ratisse les fonds marins.
   Avant les années 1960, on utilisait une charrette attelée à un ou deux chevaux qu'on menait dans l'eau près du bateau. On déchargeait le goémon dans la charrette à l'aide de crocs (krog bijin). Une fois remplie, le cheval tirait la charretée de goémon jusqu'aux dunes où il était déposé en petit tas. Lorsque le goémonier ne possédait pas de charrette et de cheval, le déchargement s'effectuait avec des cuvières (kravazh) portées par deux hommes
   Aujourd'hui, le tracteur et la remorque ont remplacé le cheval et la charrette, et la grue hydraulique a remplacé le croc.

Un bateau goémonier moderne...

        Thomas et Tony (élèves de CM2) aidés par Jean-Pierre Nicolas.

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